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Empathie, le nerf de l’immigration

Avec la traduction de : Anahit Aristakesyan

Home le court métrage de Daniel Mulloy sera diffusé vendredi 1er juin lors de la Biennale de la presse à Clermont-Ferrand. Il a obtenu le prix spécial du jury sur l’édition 2017 du festival du court métrage de Clermont-Ferrand. Il traite d’un sujet au coeur de la politique européenne : l’immigration.

Daniel Mulloy _ Droits réservés

Aloïs Liponne : Qu’est ce qui vous a poussé à faire un court métrage sur le sujet de l’immigration ?

Daniel Mulloy : Je viens de Brixton. Ce quartier au sud de Londres a une histoire très marquée par la différence ethnique, religieuse et sexuelle, renforcée par la célébration et la protestation. Les mosquées, synagogues et églises restent pacifiquement ensemble. Le harcèlement racial a une importance immense là-bas.

Je suis revenu à Brixton après avoir quitté le quartier et l’Angleterre pendant plus d’une décennie. A mon retour j’ai remarqué que la rhétorique de la race et l’immigration s’étaient développées. L’ambiance devenait de plus en plus haletante dans le quartier. Le racisme explicite était devenu acceptable et même une norme. Les personnes anti-immigration devenaient un plus nombreuses chaque jour. Ils pensaient juste d’exprimer la haine et blâmer les migrants pour les maux du pays.

Le premier ministre britannique de l’époque, David Cameron, véhiculait cette haine dans son langage. Nous avons utilisé un enregistrement de lui. Il parlait des sans-abri et des apatrides à Calais comme “essaims”. Ce mot est utilisé pour décrire des animaux. Monsieur Cameron, par son langage, déshumanise complètement ces personnes, à un stade de leur vie où elles sont particulièrement vulnérable.

Cet enregistrement me paraissait pertinent. Ma propre famille a été assassiné lors de l’holocauste nazi. Ces gens utilisaient le même genre de rhétorique et de déshumanisation que le premier ministre.

J’étais dans les Balkans à l’époque. Je voyais des réfugiés fuir la guerre au Moyen-Orient. Les familles que je rencontrais fuyaient pour leurs vies. Elles quittaient leurs maisons, leurs nations bien-aimées de peur d’être tuées.

Il y avait un décalage extrême entre la sincérité et le désespoir des personnes que je rencontrais et leur représentation négative des médias et de la politique britannique.

Au Kosovo, j’ai remarqué un fort sentiment d’empathie et de compréhension pour le voyage des migrants induit par la guerre. Le souvenir de la guerre et de la persécution est encore bien présent pour la plupart des kosovars. Beaucoup ont eux-mêmes fui en tant que réfugiés. Il y a eu un fort soutien pour le film au Kosovo. Celui-ci a été remarquable chez des personnes extérieures au monde du cinéma.

 

A.L : Pourquoi une fiction et non pas un documentaire ?

D.M : Nous voulions toucher un plus large public. Celui-ci ne serait pas nécessairement intéressé par un documentaire sur les réfugiés. Les premières minutes de notre film montre une famille “blanche”, joyeuse, qui part en vacances. Le fait qu’elle aborde la crise des réfugiés glisse sur le spectateur. Les auditoires du cinéma et de la télévision (en dehors du circuit des festivals) sont totalement inconscients de ce qu’ils s’apprêtent à voir. Cette mise en scène est un parallèle créatif avec le nombre de réfugiés qui ressentent le début de la guerre. Ils sont choqués et horrifiés par la nouvelle réalité qui leur est imposée.

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A.L : Pourquoi un format court, au lieu d’un long métrage ou d’une série ?

D.M : L’idée du film correspondait au format du court métrage. Le soutien que nous avons eu nous permettait de faire cela. Réunir des fonds pour réaliser un long métrage de ce genre et à cette échelle au Royaume-Unis prendrait plusieurs années.

 

A.L : Le choix d’une famille britannique, était-il pour cibler le public ?

D.M : Oui, en tant que Britannique, cela était naturel pour moi.

 

A.L : Pourquoi avoir pris un ton subjectif ?

D.M : Cela me semblait naturel. Je voulais que ce soit une expérience immersive. Être au contact de la famille alors que l’action, la réalité se déroulait au-delà d’eux à l’horizon. Je souhaitais mettre la famille au premier plan.